Quand le controle et la contrefaçon s'ignorent mutuellement |
par Hocine Ziani |
L’impunité des pilleurs de mon œuvre reflète avec éloquence le fonctionnement archaïque et le manque de sérieux de l'Office National des Droits d'Auteurs (ONDA)
Une loi, si les consciences ne la prennent pas en charge, elle est comme une musique sans instrument ni voix: inexistante. Et ce qui n'existe pas n'a aucun pouvoir, ni de séduction ni de dissuasion. La loi relative à la propriété littéraire et artistique en Algérie, les uns ne l'ignorent pas mais la transgressent ; les autres la négligent et ne l'appliquent pas. Les premiers sont des pilleurs de l'œuvre d'autrui ; les seconds, des prétendus protecteurs de celle-ci.
Partout, dans les galeries d‘art, les magasins de décoration ou sur des monuments publics, le pillage de mon œuvre est un constat amer. Pourtant, celle-ci est protégée, sur papier, par l’Office National des Droits d’Auteurs, organisme auquel je suis affilié en Algérie. Le problème est que l'ONDA n'a jamais fait son travail et moi je ne peux pas être derrière chaque contrefacteur. Je suis un artiste et non un gendarme. Ce dernier rôle devrait être la mission de l'ONDA. Or, cette institution fonctionne d'une manière archaïque et irresponsable. Mon affiliation ne date pas d’hier. C’est en 1985 que j’ai confié la protection de mes droits à cet organisme et à ce jour, ce prétendu défenseur des droits d’auteur n’a enregistré la moindre intervention pour protéger mon œuvre. Depuis plus de deux décennies maintenant, la saignée continue ; pourtant les responsables de l‘ONDA le savent, mais s‘en foutent éperdument., à moins qu’ils ne fréquentent pas les galeries d'art et les librairies. Ce laxisme est intolérable. Les contrefacteurs se multiplient et pillent sans s’en être inquiétés, comme si mon œuvre était tombée dans le domaine public. Pourtant, je suis encore là et la loi existe. Mais, celle-ci ne fait nullement peur à ses transgresseurs. Ce n'est plus une conséquence résultant de l'ignorance de ces utilisateurs sans scrupules. Je cois que le temps où les gens ne savaient pas ce qu'ils faisaient est révolu. Les moyens de communication, nombreux et accessibles, et le bouche-à-oreille ont, à mon avis, pallié les lacunes de l'ignorance. Il n'y a plus de circonstances atténuantes pour les fauteurs.
Les utilisateurs ont différents moyens à leur disposition: la copie et la reproduction. Pour les jeunes peintres, copier l’œuvre de leurs ainés est en principe un moyen pour appendre à peindre. Or, ces jeunes en produisent des séries et en font commerce. Pour subvenir à leurs besoins, ils cèdent devant la demande de quelques marchands irrespectueux des règles. Ils deviennent ainsi des copistes illégaux au service d’un marché corrompant. Ils se mettent dans un engrenage: ils proposent leur production aux galeristes ; ces derniers trouvent la clientèle et deviennent ainsi à leur tour des commanditaires.
Plus grave encore est la reproduction. Un imprimeur qui appuie tout simplement sur le bouton d’une machine pour inonder le marché, la gravité de son acte est multipliée par le nombre des exemplaires imprimés. Il fait de l’industrie de contrefaçon et occasionne une atteinte à grande échelle.
La contrefaçon est un délit qui relève du pénal. Je ne comprends pas comment ces gens jouent avec le feu ; ils mettent leur réputation et leur entreprise en péril. Mais, tant que la sanction ne tombe pas sur leur tête, ils continueront encore à croire que tout est permis. Quel que soit le cas, les utilisateurs de l'image de mes œuvres doivent se plier à la loi et faire les choses dans la légalité. Une demande d'autorisation est la seule solution pour ne pas avoir des ennuis avec la justice. Dans un futur proche, je chargerai une équipe d'agents qui dénicheront les imprudents, et ce sera payant pour ces derniers. Car, toute utilisation faite sans l'accord de l'auteur constituera un acte de contrefaçon et sera passible de poursuites judiciaires conséquentes.
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